Une minaudière est un petit sac du soir, un peu particulier, baptisé ainsi en l’honneur de la jolie Estelle Arpels, épouse du fondateur de la Maison Alfred Van Cleef, qui avait  l’habitude de minauder, autrement dit d’adopter des mines pour se rendre irrésistible.

Catherine Cariou, conservateur du patrimoine de Van Cleef & Arpels, raconte ci-après l’histoire de ce précieux accessoire, né en 1930, que le joaillier continue toujours de fabriquer à la demande.
Pour quelques jours encore, une trentaine de modèles anciens et contemporains de minaudières, sacs et vanity sont exposés dans la galerie du magasin, 22, place Vendôme à Paris.

Les années 1920 : le nécessaire ou Vanity Case

Dès le début des années 1920, un vent nouveau souffle sur la  mode en France.  Le corps féminin se libère, Paul Poiret redessine la silhouette féminine, les coiffures raccourcissent, les bijoux et accessoires de mode s’accordent à cette simplicité.
Accessoires  de mode qui sont rendus indispensables par le formidable  essor de l’industrie des cosmétiques   qui  caractérise l’après guerre. Helena Rubinstein, par exemple, ouvre ses salons parisiens en 1921.  Le monde  de la mode et de la beauté a élargi l’horizon du joaillier.

Le nécessaire baptisé  Vanity case par les américaines  n’est plus destiné à la coiffeuse pour un usage privé.  Il est maintenant admissible de se maquiller en public, à toute heure du jour c’est-à-dire de se poudrer et de se farder les lèvres.

Le Vanity  contient un miroir,  un poudrier et  une houppette,  et parfois un rouge à lèvres et  un fume-cigarettes. C’est un petit sac de 10 cm de long et de 5 cm de largeur. Les nécessaires de beauté sont  portés  en pendentif ou à la main.

Pour le  jour, les élégantes portaient  des nécessaires émaillés ou en pierres semi précieuses (jade, corail…), pour le  soir,  elles portaient des étuis en or guilloché ou de couleur, en onyx et diamants.
Les Vanity  sont autant d’accessoires  travaillés comme des .uvres d’art en miniature, ornées de scènes souvent inspirées des pays lointains.

Les  matières utilisées, la nacre, l’onyx, la laque,  les perles évoquent la Chine  et  le Japon. Bouddhas, mandarins, pagodes sur fond de Fuji Yama, paysages  de nuages et montagnes, dragons, signes symboliques, pivoines, chrysanthèmes,  … sont librement interprétés. Certains nécessaires adoptent  d’ailleurs  la forme  des inros japonais. L’influence de la Perse et de l’Inde  est due à  l’engouement pour les tapis et miniatures persanes et moghols et à la mode à la turque de Paul Poiret. Certains Vanity ou étuis à cigarettes reproduisent  des décors de tapis aux dessins géométriques ou figuratifs, losanges, arabesques, entrelacs, fleurs et oiseaux.

L’influence de la Russie qui se reconnaît dans   l’utilisation de l’émail  et de la marqueterie de nacre, est due à la renommée de l’orfèvre russe Fabergé et à l’engouement pour les ballets russe de Diaghilev et du Shéhérazade de Rimsky Korsakov, au goût pour les  costumes et les décors de Léon Bakst. Ces civilisations apportaient l’exemple de leur polychromie et un souffle d’exotisme. On doit à l’artiste russe installé à Paris Vladimir Makovski, des Vanity en émail et incrustations de nacre d’une rare virtuosité, certains représentent des scènes moyenâgeuses.

D’autres Vanity sont directement inspirés de l’Art Déco   et de ses motifs floraux  dont la mode a été inspirée  par Sue et Mare,  Ruhlmann., Follot… (tel ce nécessaire aux Roses de 1926 en jade mauve)  mais aussi de ses motifs géométriques et architecturés.

Les nécessaires témoignent de la curiosité universelle de cette époque. Ils témoignent aussi d’un savoir faire et d’une exceptionnelle maîtrise des techniques de fabrication. Deux « boîtiers» ont créés  ces réticules, l’atelier Langlois et l’atelier Strauss, Allard et Meyer.

Parallèlement à la mode des nécessaires, les sacs du soir créés par Van Cleef & Arpels   connaissent un engouement   aussi important que celui remporté par les Vanity. Ils sont confectionnés dans des tissus (soies damassées, plissées, brodées de fils d’or ou de perles, satin noir pailleté, velours de soie beige,  brocarts d’or) ou des cuirs (daims, chevreau, antilope beige, bleu ou grise)  choisis pour leur qualité et raffinement.

Les montures et fermoirs sont sertis de motifs figuratifs souvent influencés par l’Orient  (Bouddha, cuillère à fard représentant une divinité Egyptienne, chats égyptiens, déesse persane ou hindoue, odalisque,  scarabée…) ou plus Art Déco tels que des motifs géométriques ou floraux.  Cabochons de jade, de chrysoprase, turquoise, lapis, améthyste, agate, obsidienne, cristal  … égayent ces montures en platine sertis de diamants taillés en rose

Les années 30 : la Minaudière

A partir des années  1930, les accessoires se multiplient pour faciliter le maquillage,  devenu indispensable, le visage est blanc, la bouche écarlate, les yeux cerclés de noir. La   consommation de la cigarette est désormais fréquente.
Le Vanity case, devenu trop petit, est peu à peu abandonné  pour être remplacé par la célèbre Minaudière née en 1930.

La  tradition veut que ce soit la riche américaine Florence Jay Gould, épouse du magnat des chemins de fer et  amie personnelle de la famille Arpels, qui ait  inspiré la Minaudière. Charles Arpels l’avait  vu jeter négligemment tous ses indispensables accessoires   de femme du monde dans une boite en métal blanc. Estimant qu’une femme de qualité devait disposer d’un réticule qui consacrerait l’élégance de la femme qui allait le porter,  il   eut ainsi l’idée de la création de la Minaudière et apporta au Vanity case  des années vingt des perfectionnements techniques et stylistiques.

Fort opportunément, la Minaudière fut baptisée ainsi en l’honneur de la jolie Estelle Arpels, épouse du fondateur de la Maison Alfred Van Cleef, qui avait en effet l’habitude de minauder et d’adopter des mines pour se rendre agréable, plus séduisant et plus irrésistible.

Les  minaudières étaient réalisées dans les matériaux les plus chers ( le  platine, l’or jaune ou gris, la  laque noire)  et étaient des objets de grand luxe : elles étaient ornées de fermoirs souvent amovibles et transformables en clip sertis de brillants ou réalisés en serti mystérieux. Mais elles  pouvaient être confectionnées dans des matériaux  moins onéreux comme le styptor ou l’osmior, ou l’argent.

Utile et ingénieuse, la  minaudière  contenait   tous les accessoires dont une femme du monde ne pouvait se passer pour une party, une soirée au théâtre, un cocktail, un dîner : elle contenait des compartiments fixes dans lesquels étaient savamment disposés,   au millimètre près,  quantité d’accessoires ; une boite à fard, une montre rétractable , un tube de rouge à lèvres parfois au sommet duquel  était placée une montre, des godets à fard,  un  carnet de bal, un  fume cigarettes, un face à main,  une paire de  lorgnette, un  peigne en écaille, un  poudrier, un  briquet, une boite à pilules, une boite à bonbons, des clefs, un mouchoir …. Elle était munie d’une glace fixée à la paroi intérieure de son couvercle pour  que l’utilisatrice puisse  discrètement  peaufiner son maquillage et sa coiffure. « Chaque chose est rangée comme dans une minuscule armoire », vantait la publicité de l’époque.

La  Minaudière se glissait  dans un sac  en velours ou satin noir muni de deux anses dont elle épousait la forme et dont la découpe laissait   toujours apparaître le fermoir. Ainsi, le  soir au cours d’un dîner ou d’une soirée à l’Opéra, l’utilisatrice  sortait  ce réticule de son fourreau et d’un geste très théâtral  l’offrait à l’admiration de tous.

Précieuse et luxueuse, la minaudière symbolisait  le raffinement et l’élégance. Sa création se poursuivra jusque  dans les années  60, décennie  à partir de laquelle Van  Cleef & Arpels développera les sacs portés épaule.

Les minaudières privilégient le travail de l’or, de la laque  et des  pierres précieuses, notamment le  serti mystérieux  utilisé pour sertir les fermoirs et le couvercle des  boites à pilules et  à bonbons. Le travail  de l’or est de plus en plus sophistiqué. On abandonne l’or lisse, les surfaces marquetées, géométriques pour s’acheminer vers le raffinement, la légèreté, les ajours, les  motifs vannerie, pékiné, guilloché  ou gravé,  dans les années 30 et 40 et dans les années 50,  les feuilles d’acanthes, les papillons, marguerites et primevères en petits  motifs serrés et gravés, parsemés de petites pierres.