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La Minaudière de Van Cleef & Arpels
Publié le 5 mars 2007
par Catherine Cariou
Une minaudière est un petit sac du soir, un peu particulier, baptisé ainsi en l'honneur de la jolie Estelle Arpels, épouse du fondateur de la Maison Alfred Van Cleef, qui avait l'habitude de minauder, autrement dit d'adopter des mines pour se rendre irrésistible.
Catherine Cariou, conservateur du patrimoine de Van Cleef & Arpels, raconte ci-après l'histoire de ce précieux accessoire, né en 1930, que le joaillier continue toujours de fabriquer à la demande.
Pour quelques jours encore, une trentaine de modèles anciens et contemporains de minaudières, sacs et vanity sont exposés dans la galerie du magasin, 22, place Vendôme à Paris.
Les années 1920 : le nécessaire ou Vanity Case
Dès le début des années 1920, un vent nouveau souffle sur la mode en France. Le corps féminin se libère, Paul Poiret redessine la silhouette féminine, les coiffures raccourcissent, les bijoux et accessoires de mode s'accordent à cette simplicité.
Accessoires de mode qui sont rendus indispensables par le formidable essor de l'industrie des cosmétiques qui caractérise l'après guerre. Helena Rubinstein, par exemple, ouvre ses salons parisiens en 1921. Le monde de la mode et de la beauté a élargi l'horizon du joaillier.
Le nécessaire baptisé Vanity case par les américaines n'est plus destiné à la coiffeuse pour un usage privé. Il est maintenant admissible de se maquiller en public, à toute heure du jour c'est-à-dire de se poudrer et de se farder les lèvres.
Le Vanity contient un miroir, un poudrier et une houppette, et parfois un rouge à lèvres et un fume-cigarettes. C'est un petit sac de 10 cm de long et de 5 cm de largeur. Les nécessaires de beauté sont portés en pendentif ou à la main.
Pour le jour, les élégantes portaient des nécessaires émaillés ou en pierres semi précieuses (jade, corail...), pour le soir, elles portaient des étuis en or guilloché ou de couleur, en onyx et diamants.
Les Vanity sont autant d'accessoires travaillés comme des .uvres d'art en miniature, ornées de scènes souvent inspirées des pays lointains.
Les matières utilisées, la nacre, l'onyx, la laque, les perles évoquent la Chine et le Japon. Bouddhas, mandarins, pagodes sur fond de Fuji Yama, paysages de nuages et montagnes, dragons, signes symboliques, pivoines, chrysanthèmes, ... sont librement interprétés. Certains nécessaires adoptent d'ailleurs la forme des inros japonais. L'influence de la Perse et de l'Inde est due à l'engouement pour les tapis et miniatures persanes et moghols et à la mode à la turque de Paul Poiret. Certains Vanity ou étuis à cigarettes reproduisent des décors de tapis aux dessins géométriques ou figuratifs, losanges, arabesques, entrelacs, fleurs et oiseaux.
L'influence de la Russie qui se reconnaît dans l'utilisation de l'émail et de la marqueterie de nacre, est due à la renommée de l'orfèvre russe Fabergé et à l'engouement pour les ballets russe de Diaghilev et du Shéhérazade de Rimsky Korsakov, au goût pour les costumes et les décors de Léon Bakst. Ces civilisations apportaient l'exemple de leur polychromie et un souffle d'exotisme. On doit à l'artiste russe installé à Paris Vladimir Makovski, des Vanity en émail et incrustations de nacre d'une rare virtuosité, certains représentent des scènes moyenâgeuses.
D'autres Vanity sont directement inspirés de l'Art Déco et de ses motifs floraux dont la mode a été inspirée par Sue et Mare, Ruhlmann., Follot... (tel ce nécessaire aux Roses de 1926 en jade mauve) mais aussi de ses motifs géométriques et architecturés.
Les nécessaires témoignent de la curiosité universelle de cette époque. Ils témoignent aussi d'un savoir faire et d'une exceptionnelle maîtrise des techniques de fabrication. Deux « boîtiers» ont créés ces réticules, l'atelier Langlois et l'atelier Strauss, Allard et Meyer.
Parallèlement à la mode des nécessaires, les sacs du soir créés par Van Cleef & Arpels connaissent un engouement aussi important que celui remporté par les Vanity. Ils sont confectionnés dans des tissus (soies damassées, plissées, brodées de fils d'or ou de perles, satin noir pailleté, velours de soie beige, brocarts d'or) ou des cuirs (daims, chevreau, antilope beige, bleu ou grise) choisis pour leur qualité et raffinement.
Les montures et fermoirs sont sertis de motifs figuratifs souvent influencés par l'Orient (Bouddha, cuillère à fard représentant une divinité Egyptienne, chats égyptiens, déesse persane ou hindoue, odalisque, scarabée...) ou plus Art Déco tels que des motifs géométriques ou floraux. Cabochons de jade, de chrysoprase, turquoise, lapis, améthyste, agate, obsidienne, cristal ... égayent ces montures en platine sertis de diamants taillés en rose
Les années 30 : la Minaudière
A partir des années 1930, les accessoires se multiplient pour faciliter le maquillage, devenu indispensable, le visage est blanc, la bouche écarlate, les yeux cerclés de noir. La consommation de la cigarette est désormais fréquente.
Le Vanity case, devenu trop petit, est peu à peu abandonné pour être remplacé par la célèbre Minaudière née en 1930.
La tradition veut que ce soit la riche américaine Florence Jay Gould, épouse du magnat des chemins de fer et amie personnelle de la famille Arpels, qui ait inspiré la Minaudière. Charles Arpels l'avait vu jeter négligemment tous ses indispensables accessoires de femme du monde dans une boite en métal blanc. Estimant qu'une femme de qualité devait disposer d'un réticule qui consacrerait l'élégance de la femme qui allait le porter, il eut ainsi l'idée de la création de la Minaudière et apporta au Vanity case des années vingt des perfectionnements techniques et stylistiques.
Fort opportunément, la Minaudière fut baptisée ainsi en l'honneur de la jolie Estelle Arpels, épouse du fondateur de la Maison Alfred Van Cleef, qui avait en effet l'habitude de minauder et d'adopter des mines pour se rendre agréable, plus séduisant et plus irrésistible.
Les minaudières étaient réalisées dans les matériaux les plus chers ( le platine, l'or jaune ou gris, la laque noire) et étaient des objets de grand luxe : elles étaient ornées de fermoirs souvent amovibles et transformables en clip sertis de brillants ou réalisés en serti mystérieux. Mais elles pouvaient être confectionnées dans des matériaux moins onéreux comme le styptor ou l'osmior, ou l'argent.
Utile et ingénieuse, la minaudière contenait tous les accessoires dont une femme du monde ne pouvait se passer pour une party, une soirée au théâtre, un cocktail, un dîner : elle contenait des compartiments fixes dans lesquels étaient savamment disposés, au millimètre près, quantité d'accessoires ; une boite à fard, une montre rétractable , un tube de rouge à lèvres parfois au sommet duquel était placée une montre, des godets à fard, un carnet de bal, un fume cigarettes, un face à main, une paire de lorgnette, un peigne en écaille, un poudrier, un briquet, une boite à pilules, une boite à bonbons, des clefs, un mouchoir .... Elle était munie d'une glace fixée à la paroi intérieure de son couvercle pour que l'utilisatrice puisse discrètement peaufiner son maquillage et sa coiffure. « Chaque chose est rangée comme dans une minuscule armoire », vantait la publicité de l'époque.
La Minaudière se glissait dans un sac en velours ou satin noir muni de deux anses dont elle épousait la forme et dont la découpe laissait toujours apparaître le fermoir. Ainsi, le soir au cours d'un dîner ou d'une soirée à l'Opéra, l'utilisatrice sortait ce réticule de son fourreau et d'un geste très théâtral l'offrait à l'admiration de tous.
Précieuse et luxueuse, la minaudière symbolisait le raffinement et l'élégance. Sa création se poursuivra jusque dans les années 60, décennie à partir de laquelle Van Cleef & Arpels développera les sacs portés épaule.
Les minaudières privilégient le travail de l'or, de la laque et des pierres précieuses, notamment le serti mystérieux utilisé pour sertir les fermoirs et le couvercle des boites à pilules et à bonbons. Le travail de l'or est de plus en plus sophistiqué. On abandonne l'or lisse, les surfaces marquetées, géométriques pour s'acheminer vers le raffinement, la légèreté, les ajours, les motifs vannerie, pékiné, guilloché ou gravé, dans les années 30 et 40 et dans les années 50, les feuilles d'acanthes, les papillons, marguerites et primevères en petits motifs serrés et gravés, parsemés de petites pierres.
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